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En Haïti, la crise sécuritaire actuelle redessine brutalement la carte de nos villes. Les territoires occupés par les groupes armés forcent des milliers de familles à se déplacer, créant un afflux massif vers des zones "refuges" déjà saturées. Cette densification forcée et non planifiée ne pose pas seulement un défi de logement ou de sécurité : elle constitue une bombe à retardement sanitaire et climatique. Dans ce contexte d'urgence et de nécessaire réflexion sur la reconstruction urbaine, parler d'arbres pourrait sembler superflu ou dérisoire. Pourtant, la littérature scientifique démontre que l'intégration des espaces verts est une condition sine qua non pour rendre ces nouvelles densités vivables.

L'enfer thermique des zones surpeuplées

Le phénomène qui menace les quartiers densifiés porte un nom scientifique : l'Îlot de Chaleur Urbain (ICU) qui se manifeste lorsque les matériaux de la ville (béton, tôle, asphalte) emmagasinent la chaleur du jour pour la restituer la nuit, empêchant tout rafraîchissement (Cerema 2019).

Dans les zones où se regroupent les populations déplacées, l'urbanisation s'accélère de manière anarchique, rendant les sols imperméables et hostile à toute végétation. Ymba & Gouataine (2022), dans une étude sur la capitale de la Côte d’Ivoire (Abidjan),

soulignent que dans les villes tropicales, cette accumulation de chaleur due à la minéralisation transforme la ville en un piège thermique. Les conditions de vie deviennent alors "presque invivables", ce qui accroit considérablement les risques de morbidité et de mortalité humaines. Il ne s’agit plus d’une question de confort, mais de survie.

L'Infrastructure Verte Urbaine (IVU) : Une réponse de la nature face à cette crise

La rénovation urbaine ne peut se contenter de couler seulement du béton mais doit également intégrer ce que les experts appellent l'Infrastructure Verte Urbaine (IVU).

Son principe est basé sur la biophysique. Grâce à l'évapotranspiration, les plantes agissent comme des climatiseurs naturels. Elles rejettent de l'eau sous forme de vapeur. D’après les Entreprises du Paysage (2017), l'action combinée de l'ombrage et de l'évapotranspiration peut générer des écarts de température de plus de 5°C entre une surface végétalisée et une surface bitumée adjacente. Dans des espaces surpeuplés, ces quelques degrés peuvent faire la différence entre un environnement tolérable et un environnement considéré comme dangereux pour la santé humaine.

Reconstruire avec équité : L'impératif de l'ODD 11

La reconstruction des villes doit aussi être l'occasion de corriger une forme d’injustice sociales. L'accès aux espaces verts est souvent très inégal, exposant les populations les plus précaires aux effets cumulés de la chaleur et de la pollution (Botton 2020).

Dans la perspective d'une rénovation urbaine en Haïti, les acteurs doivent s’aligner sur la Cible 11.7 de l'Objectif de Développement Durable (ODD) 11 des Nations Unies, qui vise à assurer l'accès universel à des espaces verts sûrs d'ici 2030. Concrètement, cela signifie que les plans de relogement et d'aménagement des zones d'accueil ne doivent pas voir l'arbre comme un luxe, mais comme une infrastructure de base, au même titre que l'eau ou l'électricité.

Comme le précisent Salvo-Tierra & Ruiz-Valero (2025), il ne s'agit pas seulement de planter pour faire du chiffre ("quantité"), mais de viser une "qualité fonctionnelle" en choisissant des espèces adaptées, capables de survivre et de fournir de l'ombre là où les gens vivent et se rassemblent.

Conclusion

Le rapport met en évidence les points de convergence ayant fait l’unanimité parmi les différents acteurs rencontrés. Sur cette base, il propose trois formules de transition, plébiscitées pour leur crédibilité et leur caractère rassembleur. De par sa méthodologie, ce travail est susceptible de rencontrer un écho favorable au sein de la société dans son ensemble et de contribuer à dépasser les querelles partisanes. Il appelle enfin à la mise en place d’un mécanisme juste, inclusif et objectif, permettant aux différentes parties prenantes d’aboutir à un choix consensuel en vue d’assurer la transition vers des élections honnêtes et crédibles.

Références bibliographiques

Cerema. (2019). Ilots de chaleur : Agir dans les territoires pour adapter les villes au changement climatique. Récupéré de https://www.cerema.fr/fr/actualites/ilots-chaleur-agir-territoires-adapter-villes-au-changement

Nations Unies. (2024). Objectif 11 : Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables. Récupéré de https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/cities/

Salvo-Tierra, Á. E., & Ruiz-Valero, Á. (2025). Why urban greening requires more than just species biodiversity. Academic Environmental Sciences & Sustainability, 1(1), 798–1. DOI : 10.20935/AcadEnvSci7981

Ymba, G., & Gouataine, K. J. (2022). Analyse des effets des îlots de chaleur urbains sur la santé des populations de la ville d'Abidjan (Côte d'Ivoire). Fondation Croix-Rouge Française.

Auteures

Alexandra Emmanuel & Kyshna Ania-Eve Emmanuel


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