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C’est la question qui a motivé l’initiative de ce projet « Promotion de dialogues sociaux communautaires menés par les femmes et d’initiatives locales de prévention des conflits dans les quartiers vulnérables de Port-au-Prince ».
Le constat est sans appel ! Qu’elles soient jeunes ou pas, célibataires ou pas, mères ou pas, qu’elles travaillent ou pas, les femmes, dans les quartiers difficiles de la région métropolitaine de Port-au-Prince, sont les premières victimes de la « gangstérisation » de la capitale. Violées, battues, en situation de précarité, livrées à elles-mêmes, souvent contraintes d’accepter des compromis humiliants pour sauver leur vie et protéger leur famille, elles sont devenues des proies faciles , exposées à toute sorte d’abus et de violence.
Malgré leur calvaire quotidien, elles font preuve de résilience et n’ont pas cessé, pour autant, d’être le « Poto mitan » de la famille ni de peser dans la survie économique du pays.
L’Université Quisqueya, fidèle à sa ligne de conduite et guidée par son sens de responsabilité vis-à-vis de la société, n’est pas restée indifférente à leur sort. Elle a accueilli sur son campus, durant deux sessions, des ateliers de formation et de reconstruction. La première, du 6 au 26 novembre 2024 et la seconde en décembre 2024, ont réuni une centaine de femmes, leaders dans leur communauté pour la plupart, qui, du fait de leurs lieux d’habitation, à savoir les zones de Bel-Air et de Carrefour-Feuille, subissent d’une manière ou d’une autre les conflits des bandes armées.
Pour ce faire, l’université a sollicité des psychothérapeutes, des spécialistes en résolution de conflits, des animateurs/humoristes, des artistes, des chercheurs, afin d’accompagner ces femmes pour qu’elles puissent mieux s’en sortir dans un environnement hostile. Il ne s’agissait pas de leur faire la leçon ou de se contenter de leur servir un repas, mais de surtout leur offrir un espace où elles pouvaient extérioriser leurs déboires, leur détresse, mettre des mots sur ce qu’elles endurent, un espace où elles sont écoutées attentivement sans être jugées, où elles reçoivent du réconfort, des conseils avisés sur des stratégies de défense, de survie et de maîtrise de soi ainsi que des astuces sur la gestion du stress, s’appuyant sur des techniques éprouvées.
Ce projet ancré dans la réalité haïtienne est le fruit d’un partenariat entre l’Université Quisqueya, le PNUD et le BINUH. Il a mis en évidence la puissance mentale et révélé les talents et tout l’éventail des savoir-faire de ces femmes qui doivent affronter les pires situations. De véritables « Fanm Vayan », encore plus fortes, selon leurs propres témoignages, depuis ces séances de travail.
Le grand message a été de leur dire « vous n’êtes pas seules ». Loin de les infantiliser et de les traiter comme des assistées, l’objectif, ici, est de leur permettre de tenir bon, de guérir de leurs blessures, de rester debout, de se reconstruire dans la dignité et de s’armer pour, à leur tour, être des agents de paix et de résolution de conflits capables d’aider les membres de leurs communautés à se renforcer.
Rédacteur : Cliford Jasmin, Chef de cabinet du Recteur
