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L’accréditation constitue aujourd’hui un pilier essentiel de l’enseignement médical. Elle atteste de la qualité et de la crédibilité d’une institution, exprimant la confiance dans sa capacité à former des professionnels compétents et responsables. Apparue dans le monde universitaire américain à la suite du rapport Flexner de 1910, cette démarche s’est progressivement institutionnalisée à l’échelle mondiale, sous l’impulsion de la World Federation for Medical Education (WFME). Elle repose sur un système d’évaluations régulières menées par des agences indépendantes, garantes de standards de qualité reconnus internationalement.
Reconnaissance et accréditation : deux notions complémentaires
Lorsqu’une faculté de médecine s’engage dans un processus d’accréditation, elle cherche à démontrer la conformité et la pertinence de sa formation en santé. En Haïti, cette démarche s’appuie d’abord sur la reconnaissance de l’État, qui confère un statut d’utilité publique. L’accréditation, quant à elle, représente une validation qualitative, limitée dans le temps, engageant l’institution dans un processus d’amélioration continue. Ces deux étapes, bien que distinctes, se renforcent mutuellement et traduisent la volonté d’offrir une formation médicale conforme aux standards internationaux.
Un double engagement pour la qualité
Le parcours d’accréditation comprend deux volets : une auto-évaluation institutionnelle, menée par l’établissement lui-même, suivie d’une évaluation externe conduite par une agence agréée. Malheureusement, aucune université en Haïti n’a pu tenir l’objectif fixé pour 2023 en matière d’accréditation par la Commission pédagogique pour les diplômés étrangers en médecine (ECFMG). Les contraintes structurelles, financières et organisationnelles ont freiné cette ambition. Pour cause, en mars 2023, aucune faculté de médecine haïtienne ne figurait sur la liste de l’ECFMG, soulevant de vives inquiétudes dans le milieu universitaire et poussant l’État à réagir.
La FSSA : un engagement constant dans le tunnel de l’accréditation
Depuis les années 1990, plusieurs facultés privées de médecine, dont la Faculté des Sciences de la Santé de l’Université Quisqueya (FSSA-UNIQ), ont fait preuve d’un véritable sens de responsabilité sociale en s’associant à l’État pour répondre à la demande croissante de formation médicale. En 2009, elles ont contribué à élaborer le profil du médecin haïtien et, l’année suivante, ont fondé la Conférence Permanente des Doyens des Facultés de Médecine d’Haïti (CDMH). La FSSA , pour sa part, s’est soumise à des visites d’évaluations du Conseil d’évaluation de la Conférence Internationale des Doyens et des Facultés de Médecine d’Expression Française (CIDMEF) en 2014, 2016 et 2018. Cette dernière date est charnière, car elle voit la création, via un texte de loi sur l’enseignement supérieur, d’une Agence Nationale d’Enseignement Supérieur et de Recherche en Haïti.
En 2021, l’Université Quisqueya a adopté une révision majeure de son curriculum en santé, orientée vers la responsabilité sociale, la recherche, la cohérence des programmes (médecine, santé publique, soins infirmiers spécialisés) et la création d’un troisième cycle en médecine débutant par la spécialisation en ophtalmologie. En mai 2023, la FSSA a lancé son auto-évaluation institutionnelle, étape cruciale vers l’accréditation internationale, et se trouve maintenant en phase de finalisation de la rédaction du rapport d’auto-évaluation.
L’accréditation : un acte de responsabilité sociale
Au-delà de la conformité académique, l’accréditation traduit un engagement éthique et social. Elle lie la qualité de la formation à la santé publique, au développement institutionnel et à la crédibilité du pays sur la scène internationale. Dans le contexte haïtien, elle représente un défi, mais aussi une opportunité : celle de mutualiser les ressources, de renforcer les partenariats entre facultés et de bâtir une gouvernance universitaire moderne et transparente. Ainsi, l’accréditation ne constitue pas seulement une exigence administrative, mais un véritable acte de responsabilité sociale et de souveraineté éducative. La FSSA-UNIQ, par son engagement constant, démontre qu’il est possible de transformer les contraintes du système haïtien en leviers de reconnaissance et de progrès durable.
Dr Audie Métayer,
Doyen de la FSSA-UNIQ
Président de la Conférence Permanente des Doyens des Facultés de Médecine d’Haïti (CDMH)
